samedi 16 février 2013

Au petit marché

Au réveil, de l'eau chaude attend déjà sur une des chaises de jardin, juste devant notre tente.
 
Une manière de nous souhaiter bonjour tout en nous indiquant que nous sommes attendus.
 
Edite ne tarde pas en effet à apparaître. Son sourire tranquille semble toutefois être resté au lit ce matin. On dirait même que son bob s'efforce de retenir une irruption imminente : Edite est effectivement en pétard...
 
Premièrement, la mairie est en travaux et n'est pas accessible ce matin, et deuxièmement, la personne qui détient la clef de la bibliothèque et des archives n'a pas tenu sa promesse : elle ne viendra pas à l'heure convenue... Devant ce renversement fatal des pôles terrestres, Edite nous propose alors de l'accompagner à son petit marché, où il nous faudra patienter jusqu'en fin de matinée avant de partir ensemble à la base aux alentours de midi... 'on ne peut décidemment compter que sur soi !'...
 
Le temps de réunir quelques légumes dans son panier, couper quelques fleurs, et nous voici tous trois partis en route pour le petit marché.
 
 
Elle ne se doute sûrement pas que cette matinée passée dans sa 'seconde demeure' suffit déjà amplement à captiver notre curiosité... quel est donc cet objet ? A quoi sert celui-ci ? C'est quoi ces graines ? Ça se cuisine ? Ça a quel goût ?...
 
Entre deux 'clientes', Edite prend le temps de nous expliquer, sans oublier à chaque fois de présenter ses 'héros'... des héros qui ne savent même pas se servir d'un métier à tisser... lorsque nous le lui avouons, elle rit : hé bien, nous n'avons qu'à apprendre !
 
Et la voici déjà assise derrière l'imposant cadre de bois, où nous sommes invités à la rejoindre...
 
 
Nous lui racontons que la seule fois où nous avons eu affaire à ce genre d'engin, c'était à Lyon, une grande ville de France connue pour ses tapisseries... des métiers semblables sont entreposés dans des bâtiments avec de hautes fenêtres... et reconvertis en musée. Il y a déjà longtemps de cela, et nos souvenirs sont un peu flous... quelques images seulement... à partir de plusieurs râteaux de bobines resserrées côtes à côtes, des centaines, peut-être même des milliers de fils de soie bleue balayaient l'espace et convergeaient vers une ligne, une rame, dessinant dans l'atmosphère un peu obscure et poussiéreuse du musée des lignes géométriques de lumière argentée... oui... c'est une vision qui est restée bien ancrée, empreinte toutefois de bien davantage d'esthétisme que de sensations bien réelles... car il faut bien l'avouer, les métiers à tisser ne courent plus vraiment les rues en France... entre-temps, les métiers jacquards sont arrivés, le travail a peu à peu été automatisé, et tout cela a fini en lointaines révoltes... et puis en musée... voici grosso modo ce que nous connaissions de l'engin...
 
... bref, non, nous devons bien l'avouer, jusqu'à maintenant, nous n'avions encore jamais eu l'occasion de nous y frotter vraiment...
 
Qu'un métier à tisser puisse n'appartenir qu'aux reliques du passé semble l'amuser... 'c'est pourtant si simple ! N'importe qui peut le faire !'
 
Nous voici évidemment fortement invités à essayer, à contribuer à l'ouvrage en cours en tirant 'simplement' quelques fils...
 
'Une manière d'inscrire votre passage !' se réjouit-elle...
 
 
Conduire un véhicule motorisé, qui plus est à boîte manuelle, est à peu près la seule chose nécessitant de coordonner pieds et mains qui soit enseignée à grande échelle, et cela se fait en plusieurs séances de plusieurs heures de théorie et de pratique... comment alors s'en sortir alors avec un métier à tisser avec des millions de fils provenant des quatres coins de l'univers en l'espace de quelques instants seulement ??...
 
 
Amusée et d'une infini patience, Edite mêle ses mains aux nôtres pour donner corps à l'ouvrage...
 
 
 
 
Si le résultat n'est 'pas si catastrophique', comme nous l'assure notre maîtresse d'ouvrage (parions qu'elle reprendra les derniers rangs dès que nous repartirons!), la tentative a aspiré d'un coup  d'un seul les heures restantes avant que le moment de partir pour la base ne vienne frapper à la porte...
 
 
le moment en l’occurrence a pris les traits d'un petit gaillard d'une douzaine d'années, appuyé sur le chambranle, toujours en selle, l'air pressé de repartir. C'est Karles, le petit fils d'Edite.
 
 
Il n'avait jusqu'à aujourd'hui jamais eu le droit de s'aventurer sur la base... nous comprenons alors son impatience: le jour tant attendu vient d'arriver.



 

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