jeudi 27 septembre 2012

L’indépendance

Dès le milieu des années 80, la donne change en Lituanie : son voisin la Pologne a entrouvert avec Solidarność une sérieuse brèche dans l’hégémonie communiste tandis qu’au sein de la mère patrie, les nouvelles réformes de la Perestroïka pataugent… alors que la direction du parti communiste lituanien connaît quelques flottements, les aspirations nationalistes lituaniennes se cristallisent peu à peu et trouvent même un corps qui s’organise et prend de l’ampleur : Sąjūdis.

Ce mouvement multiplie les rassemblements dès 88 puis, à l’occasion du cinquantième anniversaire du Pacte germano-soviétique, le 23 août 89, une gigantesque chaîne humaine  est déployée à travers les pays baltes, reliant Vilnius à la capitale estonienne Tallin, située à plus de 500km de là : plus d’un million et demi de personnes, soit un cinquième de la population, y participe...



En 90, soutenus même par une partie des partis communistes locaux et de la population russe du pays, Sąjūdis obtient la majorité aux premières élections libres organisées depuis 1940 : une semaine plus tard, ce nouveau Parlement proclame l’indépendance et demande le retrait des troupes soviétiques du territoire.

La réaction russe ne se fait pas attendre : Moscou décrète aussitôt un embargo économique sur la Lituanie pour faire un exemple et dissuader ainsi les velléités indépendantistes d’autres pays, notamment baltes (Estonie, Lettonie). En janvier 91, les capitales des trois pays baltes sont envahies par les troupes soviétiques, chars à l’appui.

A Vilnius, le ministère de la Défense ainsi que d’autres établissements gouvernementaux passent sous contrôle de l’armée russe, mais la foule et les barricades protègent toujours le Parlement. Le 13 janvier, la Tour de télévision est prise d’assaut par les soldats : 14 personnes sont abattues dans l’attaque. Dès lors, le rassemblement de population devient incontrôlable et les troupes se retirent : le drapeau lituanien flotte sur tout le pays.


Les reconnaissances officielles de l’indépendance des pays baltes par les autres pays se suivent dès lors, jusqu’à aboutir à celle de la Communauté Internationale en septembre 91.




20 ans plus tard, cette fameuse tour de télévision est bien sûr toujours présente dans les dessins des enfants réunis au 40 avenue Gediminas…

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mardi 25 septembre 2012

World press photo


Devant le n°40 de l’avenue Gediminas, le square Lukiškių. De larges allées, de jolies pelouses soignées, des massifs de fleurs et de grands tilleuls.

Et au-dessus de nos têtes, un ciel bleu et un soleil lourd de midi. Dans nos cheveux, de l’air, dans nos oreilles, le bruit de la circulation, de discussions, de pas qui passent… peu à peu, la tête s’allège, la peau se réchauffe et l’estomac se surprend même à gargouiller.

La vie reflue.


Ce parc s’appelait jadis ‘parc Lénine’ : une statue trônait au milieu de la place. La statue déboulonnée depuis a été conservée au parc Grutas que nous avons déjà évoqué. Et le cœur de la place est à présent vide…


… enfin, presque : aujourd’hui, les lauréats du concours annuel de photojournalisme sont exposés.

World Press Photo s’expose en effet.
Changement d’époque…





Tels de bons moutons, nous nous approchons machinalement des groupes épars qui tournent autour des panneaux. Et nous avalons machinalement de nouvelles images…

En Espagne, la corne d’un taureau sort de la joue d’un toréador suspendu en l’air. En Allemagne, marée humaine pour la love Parade à Duisburg qui a tourné au cauchemar. 212 morts, 500 blessés. Au Seria-Leone, les prisons sont surpeuplées et les détenus sont nus, traités comme du bétail. Fusillade au Brésil en 8 clichés : 2 morts. Carnet de famille en noir et blanc de Julie Baird, séropositive à l’agonie. Michael Wolf a voyagé sur Google Earth pour nous concocter un concentré de clichés pris sur le vif : femme qui urine entre deux voitures, personnes couchées sans conscience sur la voie, un trottoir, voitures qui brûlent… Autre panneau : des corps décharnés retrouvés dans le golf d’Aden, au  Yemen. Plus loin, des carcasses de bétail et viscères entassées sous le cagnard du Niger où sévit la famine. Ailleurs, le combat de Victoria pour une fillette atteinte d’hydrocéphalie au Népal. La fillette ne survivra pas à l’opération. Ailleurs encore, aux Etats Unis, catastrophe écologique causée par une gigantesque marée noire. En Chine, une autre marée noire : Zhang Liang s’y noie, Han Xiaoxiong survit et pleure son compagnon héroïque. Noyade et pleurs, le tout toujours en clichés. Et d’autres images encore : tremblement de terre en Haïti et corps dans les gravats, éruption à l’Est de l’île de Java et autres victimes, mousson au Pakistan et autres corps flottants… des corps, des charniers et des cadavres d’enfants jetés comme des sacs de céréales…

… la coupe est pleine, et la nausée à présent arrive à son comble.

Certainement trop pour une seule matinée.
Le moment est très mal choisi…


… mais a-t-on vraiment toujours le choix ?....



Retirés sur les bords de la place, après quelques minutes, nous reprenons nos esprits. L’ombre des tilleuls redonne des couleurs aux joues.

Devant le spectacle de cette place historique, nous ne pouvons nous empêcher de nous demander :

‘Quel but cette exposition ? Une fenêtre sur le monde ?’


Et pourquoi cette concentration d’éléments aussi morbides ?...

Que viennent y chercher les curieux ?
 

‘Simples photos d’instruction?’


‘Ou produit de fascination?’…




Et un des commentaires laissé par un des visiteurs du musée, comme une invitation enthousiaste laissée à son prochain nous revient aussitôt en tête, non sans malaise, mais qui nous donne précisément à réfléchir :


“Une expérience de l’horreur ! ”





mercredi 19 septembre 2012

Entre instruction et fascination morbide…

Extrait du ‘Petit futé’

‘Installé dans les anciens locaux du KGB, le musée retrace l’enfer des prisonniers politiques qui étaient interrogés et emprisonnés dans les cellules que vous pouvez actuellement visiter. Musée très réaliste qui peut aider à comprendre la souffrance des lituaniens sous la domination soviétique. La visite est très bien faite et les panneaux explicatifs sont en anglais. Chair de poule garantie.’

Quelques témoignages de visiteurs

‘Je ne savais pas à quoi m'attendre avant de faire la visite mais le musée est fait avec beaucoup de goût et est extrêmement fascinant. Je recommande sans hésiter de venir ici’. 

 ‘Vous êtes tout de suite pris par l'émotion en entrant dans ce musée... Cellules, salles d'interrogatoires... Tout est resté tel quel !... Les anecdotes des guides qui ont chacun connu quelqu'un, famille ou ami, touché par cette occupation sont très émouvants. A faire...‘

‘Nous y sommes allés avec ma famille et c'était super ! Vous avez une très bonne vue sur ce qui s'est passé alors... recommandé !’

 ‘Wow, ça vaut le détour. Remonter dans le temps et vous imaginer qu’ils étaient emprisonnés ici ! C'est une super visite, ne manquez pas ça’

‘Expérience géniale, allez-y. Effrayant à apprendre ce qui se passait’

“Une expérience de l’horreur ! ”

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En ce matin de semaine, il n’y a pas foule dans le musée. Et puisque celui-ci est réparti sur plusieurs étages, avec une succession de petites salles étroites, le visiteur se retrouve très vite isolé.

Peut-être une volonté architecturale ?...

Escompté ou non, l’effet est alors garanti : le visiteur qui ne serait pas sur ses gardes ne tarde en effet pas à tomber dans de nouveaux filets… les filets invisibles et pernicieux de l’émotion.

A celui qui visualise ces nouveaux filets se pose alors une question de fond : quelle est donc la vocation de ce musée ?...


Au rez-de-chaussée, le rappel des faits historiques de la seconde guerre mondiale sont rapidement introduits. Des vêtements, des armes, des ustensiles d’époques sont réunis en vitrines. Sur le verre, le texte explicatif est rédigé en police blanche, réduite et serrée. Et très dense. Tant et si bien qu’il faut une curiosité hors du commun pour en déchiffrer la totalité… qu’à cela ne tienne : des écrans de TV diffusent en boucles des images d’époque en noir et blanc. Chars en assaut, fumées de poudre, populations apeurées, corps abattus.

La visite continue. Même format : autres vêtements, autres armes, autres ustensiles, texte serré, et nouvelle TV : la traque des ‘frères de la forêt’ est filmée, et de nouvelles exécutions. Et des photos. Des cadavres déposés dans les squares des villes ou villages comme mesure dissuasive…

Autre salle : la période de déportation. D’autres photos. Très nombreuses. Des visages, des tombes, des cimetières. Au milieu de la salle, un tabouret invite le visiteur à s’assoir. Devant lui, une image noir et blanc grand format : une photo d’un immense champ de terre accidenté sur lequel, à perte de vue, une armée de croix suggèrent un cimetière sans fin. Au premier plan, une pelle est plantée dans le sol.

Sur cet arrière-plan, un vidéoprojecteur projette toujours en noir et blanc la déportation, les corps, les tombes. Au-dessus du tabouret, une croix se balance au bout de câbles métalliques tandis que des violoncelles stridents crissent sur des gammes chromatiques… nous sommes en plein pathos.





Les ficelles du filet sont si grosses qu’un réel malaise nous étreint : s’agit-il d’instruire ?...


Un brouhaha…


Voilà un groupe.
Les salles sont si petites qu’il faut se serrer. Il faut bien 2 à 3 minutes pour que tout le groupe puisse jouer des coudes et se rattrouper autour du guide.

‘Les lituaniens sont le peuple qui a le plus souffert : 68,1%, suivis des polonais avec 16,5% et les juifs avec 8,5%. Les autres nations oscillent entre 0,5 et 1,8%. Vous avez ici des photos d’époque. Vous pourrez voir combien la Lituanie a pu souffrir…’

Le discours, en anglais efficace, n’a pas duré 30’’. Les visages sont graves, hochent parfois de la tête d’un air de profond recueillement, puis on joue de nouveau des coudes : après 2 ou 3 minutes, le groupe est sorti de la salle et passe à la salle suivante… laissant le visiteur seul encore interdit.

‘C’était donc cela !... dresser une hiérarchie  de la souffrance.’


En se penchant davantage sur quelques panneaux, l’idée de hiérarchie se retrouve, avec ses pourcentages, ses classements, ses découpages par catégorie sociale… par exemple, on apprend ainsi que de 40 à 41, 12 000 personnes ont été arrêtées, emprisonnées ou éliminées, 18 000 personnes déportées dont 5 000 enfants ; 21,3% étaient des fermiers, 9,1% des soldats, 8,3% de grands propriétaires, 8% des ouvriers. Des enseignants, soldats et policiers de 3 à 5%.

Tiens, cela fait 2 fois ‘soldats’…


Dans la salle de déportation, le guide tient de nouveau le décompte des victimes et de nouveau son classement. Les verbes compter et conter semblent alors par trop se mêler pour accorder l’histoire… après deux ou trois minutes à jouer des coudes, la salle est de nouveau déserte. La possibilité retrouvée de reprendre son rythme, et de lire.

Une partie de la vitrine de droite est pourtant particulièrement intéressante et s’intitule ‘Life goes on’… on y apprend comment les personnes déportées survivaient, tenant bon an mal an à garder leur dignité, leur foi et leur culture. Comment, malgré l’interdiction formelle de discuter dans certains camps de travail, des offices religieux, des congés et des fêtes s’organisaient tout de même aux dates traditionnelles. Comment dans d’autres, des équipes de football, de basket ou encore de hockey sur glace réussissaient à se former, voire même des groupes de discussions littéraires… on y apprend également comment des populations déportées se réorganisaient socialement : organisant des actions de solidarité, des mutuelles d’assistance, célébrant même des mariages, des baptêmes. Ainsi, après la mort de Staline, certains ont finalement continué à vivre sur le lieu de déportation, s’intégrant peu à peu aux autochtones, tandis que d’autres, lorsque c’était possible, revenaient sur leurs terres natales. Dans tous les cas, la déportation ne signifiait pas, comme on aurait tendance à le croire trop rapidement en se laissant immerger par la vidéo en boucle sur fond de cimetière et la croix qui se balance au-dessus de nos têtes avec ses sons stridents, ‘disparition’ définitive et généralisée…. pièges du pathos.




A l’étage, la période post-stalinienne. La période d’activité du KGB.
De nouvelles videos, des bandes sons enregistrées qui tournent en boucles.
 
Côté texte, on y apprend quelques-unes des ruses déployées par les agents du KGB pour se fondre dans la population (déguisements en chauffeur de taxi ou d’ambulance, en paysan, en peintre de paysage, en vacancier, en parents en promenade avec poussette, avec des enfants sur une luge, etc…) et quelques ‘gadgets’ utilisés pour rester discrets (appareils photo miniatures, logés dans une boucle de ceinture, une broche, une pince à cravate, émetteurs radio logés dans une veste de ville, lunettes infrarouges pour conduire phares éteints, etc…).

Et bien sûr, les chiffres pour plus d’authenticité… qui, il faut bien l’avouer, s’avèrent tout de même d’une intelligibilité plutôt obscure…




La visite se termine enfin, pour ceux qui le souhaiteraient, par le sous-sol et ses cellules ‘laissées telles quelles pour la mémoire’. Une mise en garde est tout de même faite. Et l’utilisation d’appareils photos est interdite.

Sur la porte qui y mène, une inscription en lituanien et anglais : ‘Don’t forget to close the door, please’… on imagine qu’il ne s’agit pas de s’éviter les courants d’air.



Qu’est-ce qui motive alors de pousser cette porte ?

Certaines personnes s’abstiennent. D’autres pas.


Car nulle besoin d’être devin pour savoir ce que recèlent ces sous-sols : cellules de détention, d’interrogatoire… de torture et d’exécution.

L’air y est frais. Et humide. Les couloirs sont étroits, les plafonds bas. Les pas, pourtant légers, résonnent et leur son semblent nous monter directement à la tête. Les portes des cellules sont ouvertes. Murs suintants, rouille et salpêtre. Certaines sont capitonnées.

Certaines personnes prêtent aux objets, à la matière, une mémoire… est-ce l’imagination ? Le visiteur, seul, se sent gagner de l’intérieur par une angoisse réelle qu’il faut lutter pour maîtriser. Heureusement, il est aidé par de nouvelles grosses ficelles : dans la petite ouverture qui donne sur une cellule à travers sa porte blindée, les penseurs du musée ont logé un miroir. Astuce ridicule qui invite le visiteur à s’imaginer être de l’autre côté… la frontière entre l’instructif et le sensationnel est de plus en plus ténue, et nous avons parfois bien du mal à voir le projet ‘éducatif’, qui en appellerait davantage à l’intellect du visiteur qu’à ses tripes : y aurait-il comme une volonté de ‘convaincre’ à tout prix ? Dans quel but ?

Secouant la tête pour reprendre ses esprits, il n’est toutefois pas aisé pour le visiteur de retrouver sa pleine lucidité pour décider ou non s’il doit encore aller plus loin.

Est-ce toujours la noble curiosité qui le pousse, la quête de choses encore inconnues qui alimenteraient sa réflexion ou alors quelque chose de plus bas, plus instinctif, quelque chose comme… de la fascination pour le morbide ?


Nerfs à fleur de peau, il continue, et comprend par la disposition de certaines salles ce que ‘torture’ peut signifier. Un sens inédit qui rend la tête encore plus lourde… et craindre toujours davantage d’avancer plus en avant. Les oreilles bourdonnent à présent… du moins lui semble-t-il. Pourtant, il entend toujours le brouhaha lointain de la ville, à travers les barreaux de petites ouvertures de certaines cellules. Un peu de lumière pâle… mais si peu sous ces plafonds bas. Il est toujours temps de remonter. Arrêter là.

Secouer la tête, réfléchir…

… ‘réfléchir’…


Comment savoir si l’on est lucide si on ne l’est plus ?.......


Les oreilles bourdonnent toujours et la tête est lourde.
Secouer la tête n’y fait plus rien.
 
L’estomac semble même lourd à présent…


Pourtant... il y va.

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lundi 17 septembre 2012

Aukų gatvė 2a

En remontant l’avenue Gediminas (la principale avenue de Vilnius), le visiteur découvrira tour à tour des ministères, le parlement, la cour constitutionnelle et ainsi bon nombre des institutions gouvernementales du pays. Il découvrira de même la bibliothèque nationale, le théâtre national ou encore l’académie nationale de musique et de théâtre, située au numéro 42.

En cet été 2011, aux abords de ce n°42, l’œil du visiteur est particulièrement attiré par une espèce de fresque grand format: des milliers de dessins sont en effet exposés, accrochés sur des barrières provisoires déployées sur plusieurs dizaines de mètres jusqu’au coin de l’Aukų gatvė.



 
Sur ces dessins aux milles couleurs, des motifs récurrents : les couleurs du drapeau lituanien, une tour, des foules en nombre… la Lituanie a retrouvé son indépendance depuis tout juste vingt ans, et à cette occasion, ces milliers de dessins des enfants du pays ont été rassemblés ici, en face de l’école de musique et de théâtre, mais aussi et surtout, devant le musée du génocide, situé au n°2a de l’Aukų gatvė.

La dernière visite que nous ferons à Vilnius.


Nous prenons toutefois le temps de regarder plus longuement ces dessins avant de nous lancer. Ces témoignages en images valent déjà beaucoup plus que de longs discours…

Car au-delà du drapeau du pays, de la tour et des foules réunies qui symbolisent les évènements de 91 qui mèneraient à l’indépendance (nous y reviendrons), bon nombre de ces dessins représentent des ombres, des forêts et des tombes, mais aussi des chars, des fusils et des wagons… des souvenirs de l’Histoire encore bien présents dans l’esprit collectif. Des souvenirs de la longue période d’occupation.

De l’occupation soviétique bien sûr, qui durerait de 44 à 90.


Dans le post ‘identité’, remontant le fil de l’histoire des partisans soviétiques, nous avions déjà décrit le sort du pays lors de la seconde guerre mondiale : nous avions évoqué le pacte germano-soviétique de 39 qui déterminait les conditions de partage du pays entre l’Allemagne nazie et les soviets, puis finalement l’occupation pure et simple du pays par l’armée rouge qui mènerait à l’annexion du pays, les arrestations et déportations, puis la ‘libération’ du même pays un an plus tard par les troupes allemandes lors de l’opération Barbarossa et les exactions de la population qui s’ensuivraient, pour enfin terminer sur le retour de l’occupation soviétique dès l’assaut final de l’armée rouge sur la Wehrmacht en 44... un rappel historique qui devait permettre de se faire une idée des relations entre les lituaniens et les partisans soviétiques au sortir de la guerre.


Les revendications indépendantistes lituaniennes ne sont évidemment pas éteintes au sortir de la seconde guerre mondiale. Des organisations de résistance, principalement les frères de la forêt, vont ainsi continuer leurs opérations jusqu’à la fin de l’ère stalinienne, au début des années cinquante, avant d’être anéanties. Pendant cette période, le tiers de la population sera déporté et le pays subira une russification intense : importation massive de population russe, verrouillage des administrations, usines, partis, persécution religieuse, déportation des opposants…

Si la période poststalinienne se ‘détend’ (Khrouchtchev dénoncera les exactions commises sous l’ère de son prédécesseur), le pays entre dès lors dans une nouvelle phase de répression avec l’avènement d’un nouvel appareil de police politique : le KGB, créé en 54.

Les répressions directes décroissent dès lors considérablement, mais la lutte contre les mouvements indépendantistes ou simplement contestataires ne faiblit pas : les méthodes employées sont simplement autres. L’infiltration très large par des membres du KGB (universités, syndicats, unions sportives, etc…) et la généralisation de moyens de surveillance déployées autour de toute personne décrétée suspecte (écoutes et enregistrements téléphoniques, surveillance de courrier, etc.) font alors rôder un climat de suspicion jusqu’au sein des relations d’amitié, voire de famille.

Selon ce degré de suspicion, une personne suspecte pouvait être ‘avertie’, renvoyée du travail (ou de l’université), assignée à résidence, envoyée en camp de travail, en asile psychiatrique, déportée… ou disparaître tout simplement.


Si aujourd’hui, le n°2a de l’Aukų gatvė abrite un musée, il n’en a pas toujours été ainsi : vingt ans auparavant encore (jusqu’en août 91), ces mêmes murs abritaient le bureau principal du KGB en Lituanie.


Et pour ne pas oublier ces années noires, jouxtant les Parlement, cour constitutionnelle et autres ministères qui jalonnent à présent l’avenue Gediminas, ce musée a depuis conservé tels quels ses sous-sols et autres cellules…

Ces derniers sont ouverts à tous ceux qui désireraient savoir .

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jeudi 13 septembre 2012

Les ‚images du bonheur‘

‘Mais alors, puisque tu parles de bonheur, comment t’y es-tu attelé ? S’il ne peut être confié à autrui, par quel bout commencer ?’


Reiner sourit.


Par soi-même… refaire la paix avec soi-même, et s’écouter. Faire un sérieux inventaire de tout ce qui nous habite et qui n’est pas ‘nous’… toutes ces images du bonheur qui nous tombent dessus de toutes parts et qui, inconsciemment, nous mènent sur de faux chemins. Faire le vide, et reprendre sur des bases plus saines.’

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Che-ese !


Clic, voilà. Tout le monde peut se détendre, la photo est prise, il n’est plus nécessaire de grimacer.


‘Grimacer’, ou, pour utiliser un autre mot, ‘sourire’.



Pourquoi sourit-on sur les photos ?





Le fait de prendre une photo est quelque chose d’assez fascinant en soi – nous y reviendrons avant la fin du voyage – et pour qui y réfléchit quelques instants, ouvre un champ de découverte sur la nature humaine tout à fait passionnant…


La discussion avec Reiner réveille quelques-uns de ces aspects, en particulier l’expression qu’il a utilisée pour évoquer ‘les images du bonheur’…


A ce moment-là, les goûters de l’enfance, les anniversaires de famille et tout l’album photo de mariage sont aussitôt revenus… et bien sûr, en tête, des images de visages, de costumes blancs, et de sourires



Tiens… en voilà une d’image du bonheur : le sourire !



Des sourires édentés au-dessus du gâteau du sixième anniversaire… des sourires rayonnants d’enfants, des sourires béats de jeunes amoureux, des sourires éprouvés de parents à la maternité, des sourires réconciliés de vieux amants aux noces de chêne… au-delà des milles facettes de bonheur, un trait reste toujours : le sourire.


C’est lui qui semble appeler le clic. Lui que l’on recherche en singeant le ‘ouistiti’ lorsque ce n’est pas son homologue angliciste ‘cheeeeeese’, et c’est encore lui que recherchait bien sûr ce vieux sorcier de Karlsruhe pour rabibocher les amoureux déchirés… mais entre le ouistiti et le bonheur, il peut y avoir un monde : celui qui sépare justement le bonheur, de l’image du bonheur.



Lorsqu’on regarde les photos réalisées quelques années auparavant, le plaisir n’est pas toujours au rendez-vous. Il est même très fréquent qu’on n’apprécie guère l’exercice, ou même que l’on regrette carrément certaines poses… avant peut-être un jour de s’en amuser.


L’adolescent crâne qui bande les abdos au moment du clic, la jeune nymphette qui émane de fierté dans sa tenue de paysanne…


Au moment de la prise, telle devait certainement être l’image du bonheur. Devant l’objectif, le réflexe est en effet très souvent de démontrer. Démontrer son degré de bonheur. De réussite… montrer ses abdos pour l’ado, ou ses jupettes pour la nymphette.


Et bien sûr, bien des années plus tard, ne reste que le ridicule… l’absurde de la scène : l’image du bonheur sans le bonheur.



De même l’étranger qui, à certaines secondes, vient à notre rencontre dans une glace, le frère familier et pourtant inquiétant que nous retrouvons dans nos propres photographies, c’est encore l’absurde’
(le mythe de Sisyphe – Camus)




Est-ce à dire qu’il n’aurait jamais fallu faire ces photos ?...


Non bien sûr : car elles ont l’avantage de ne pas mentir tout à fait… et c’est aussi pour cela d’ailleurs que nous préférons les déchirer parfois.


Elles ont le certain avantage de nous faire ressentir ce décalage qu’il existe entre ce que nous pensions émaner (‘voyez combien je suis heureux !’) sinon singer (ouistiti !!) et le résultat pictural : ‘décidément, j’étais ridicule’…


De ce sentiment désagréable peut alors naître un mouvement de salut : se détacher de cette ‘image de bonheur’ qui nous avait habitée à ce moment-là…


Le bonheur rayonne par nature est n’a jamais besoin d’être singé.


Si la photo est devenue ridicule, c’est qu’il ne s’agissait certainement pas de bonheur… mais d’une image du bonheur trompeuse à laquelle nous nous sommes laissé prendre.






Nous l’avons crue, avons déployé nos efforts pour y tendre, y ressembler… y coller.


Et une fois que nous nous y sommes conformés, il y eut cette drôle d’impression : un certain désarroi… peut-être celui de constater que la chose en question n’avait pas su susciter en nous la joie profonde, saint graal inconscient de notre quête personnelle. Et que l’admiration que l’atteinte de cette image du bonheur susciterait parfois autour de soi était un bien maigre substrat qui ne tiendrait pas la longueur une fois mise en balance dans le jeu des miroirs : dans le regard de l’autre, je deviens moi-même image du bonheur, image fausse, je le sens… je le sais… et par ces regards, je découvre à la fin la cécité de cet autre.


Une cécité qui était jusque-là la mienne, et que je découvre… quasi universelle.



J’avais cru jusque-là que ‘quelqu’un’ saurait… qu’il suffisait de suivre les images, les sourires. Ces milliers de clichés de visages épanouis et bienveillants qui nous pleuvent dessus chaque jour.



Images du bonheur qui s’avèrent être de bien piètres guides…

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lundi 10 septembre 2012

Le bonheur selon Reiner

Le genou de Reiner ne renâcle plus. Ou presque plus. En tout cas, suffisamment peu pour pouvoir fuir Vilnius dès demain. Voilà en substance ce que le principal intéressé nous apprend à notre retour à l’auberge.

A la veille de son départ, il est donc grand temps de mettre à exécution ce que nous nous étions promis depuis quelques jours : se faire un resto typique et échanger nos impressions sur la capitale, ou d’autres sujets bien sûr selon affinité.


Reiner voyage seul.
Un bon moyen de rencontrer des gens : quand ces derniers aperçoivent quelqu’un dîner seul, il est très fréquent que l’invitation à partager le repas se fasse très naturellement. Et, une fois le repas échangé, les discussions s’ouvrent, et parfois, les portes de certaines âmes.

C’est un de ses principaux plaisirs lorsqu’il voyage : la rencontre.


Nous ne sommes pas surpris alors de l’entendre regretter les idées reçues selon lesquelles le monde est dangereux, autrui est dangereux, et qu’il vaut mieux rester en sécurité chez soi…

‘On ne fait que monter les gens les uns contre les autres’…

À cet instant, il montre du doigt l’appareil qui trône au-dessus de notre table : sur l’écran grand format, un homme défiguré est filmé en gros plan sur son lit d’hôpital. Guérillas, échauffourées, terrorisme… ici aussi, dans ce ‘resto typique’, les écrans trônent de toutes parts : il n’y a pas une seule table d’où il ne soit pas possible de percevoir un écran.

Nous ne pouvons qu’aller dans le même sens.


‘Je vais vous raconter une histoire… il y a quelques années, j’étais en Amérique du Sud. Argentine et Chili principalement. Au sud de la Pampa, à vélo. Je sais aujourd’hui que ce n’était certainement pas la meilleure idée du monde mais bon… j’étais à vélo quand même. Et tout seul. Puisque vous y étiez aussi un jour, vous savez de quoi je parle quand je vous parle du vent : de ces vents à traverser la route dans toute sa largeur d’un seul coup sans comprendre ce qui vous arrive et ne reprendre vos esprits qu’une fois ramassé dans le talus d’en face… j’avais prévu de quoi m’alimenter pour 4 ou 5 jours, ce qui devait permettre de couvrir la distance entre deux points de ravitaillement. La pampa, vous savez ce que c’est… seulement, je n’avais pas prévu d’avancer si lentement ! Et je me suis retrouvé piégé.

Lorsque je me suis avoué que j’avais mal calculé mon coup, il était déjà trop tard pour faire demi-tour… et là, je me suis posé de vraies questions.

Au début, on essaye de nier : on se dit que demain, le vent sera moins fort… et en continuant ainsi, on s’enfonce toujours plus dans la mouise. Quand on se l’avoue enfin, souvent trop tard, on ne peut alors que s’en remettre à la colère : tournée contre soi-même, puis contre le vent, et le monde entier… et si cela donne un peu plus de forces pour pédaler, cela ne dure pas longtemps : après s’être retrouvé deux ou trois fois dans le talus après quelques claques de vent, on est vite calmé. Alors vient un abattement. On se demande bien sûr ce qu’on fout là… et on se met (ce qu’on ne devrait jamais faire dans ces moments-là) à cogiter et se poser des questions de fond : qu’est-ce que je fous là… pourquoi ne suis-je pas avec ma famille ? Avec mes amis ? Et voyager seul dans ces moments-là s’apparente presque à une grave erreur.

Sur ces routes, je ne croisais guère que quelques poids lourds au long de la journée. S’ils venaient de face, je les voyais venir de loin par les nuages de poussière quasi horizontaux qui les annonçaient. S’ils venaient de derrière… je bondissais souvent au dernier moment lorsqu’un coup de klaxon m’indiquait de quitter le milieu de la piste sur laquelle je zigzaguais au gré des rafales.

J’avais beau voir que mes réserves devraient être rationnées, il faut du temps avant de s’avouer vaincu et de se dire : ‘je vais demander de l’aide’. Je m’obstinais.

Chaque soir, le sentiment de solitude était plus profond. Les questions qui me rôdaient dans la tête toujours plus vicieuses… et mes nuits plus courtes.


Et quand je reprenais la route, c’était la tête lourde, le ventre qui miaulait, et dans des états de semi somnolence qui me rendaient toujours plus vulnérable aux coups de vent : je réagissais trop tard, ou de manière inadaptée…


A un moment donné, je me suis retrouvé avec un chien en face de moi.

Aujourd’hui, je me dirais : ‘Tiens, un chien, il doit venir de quelque part… je vais tomber sur une habitation !’

Mais à ce moment-là, j’étais dans un tel état que je ne voyais qu’un chien. Une belle bête un peu en retrait de la piste, qui me guettait. Les chiens, vous savez ce qu’on en dit : ‘il vaut mieux s’en méfier… c’est dangereux !’…….. alors, précaution prise, j’ai mis pied à terre et ai saisi quelques pierres, que j’ai mises dans la poche de mon maillot.

Nous nous épions, sans que ni l’un ni l’autre ne fasse quoi que ce soit d’agressif… alors après un moment, j’ai repris la route. La bestiole est restée derrière, et puis je ne l’ai plus vue… jusqu’au soir. J’ai dû lui faire comprendre qu’elle n’était pas la bienvenue, et je lui ai jeté des pierres en poussant des cris. Si elle a fini par fuir en montrant les dents, je n’ai bien sûr pas beaucoup fermé l’œil de la nuit. Je commençais vraiment à être rincé…

Le lendemain, nous nous sommes retrouvés à nouveau. Elle m’observait, toujours à distance… et je la gardais à l’œil, et mes pierres dans la poche. Et puis à un moment, je me suis de nouveau retrouvé dans le talus. J’étais un peu sonné, le vélo à moitié sur moi, et le temps que je retrouve mes esprits, la voilà qui venait sur moi… la faim, la fatigue, les douleurs, le vent, le sable, la colère… tout est venu d’un seul coup, j’ai saisi la plus grosse pierre que je pouvais trouver à portée de main et, dans un cri rauque, je la lui ai balancée avec toute ma rage… tu sais alors ce qui est arrivé ?


Au lieu de montrer les dents, ou de me sauter à la gorge, le chien s’est mis à courir après… et me l’a rapportée !’


Bon conteur, Reiner marque la pause, sourire aux lèvres, et en profite pour avaler une bouchée. Il mâche lentement, savourant son effet, puis s’essuie enfin la bouche avant de reprendre.


‘Vous vous demandez certainement où je veux en venir ?... attendez voir encore un peu. A partir de ce moment, nous avons cohabité. Nous avons joué un bon moment, je lui ai jeté au moins mille pierres : j’avais l’impression que chaque pierre jetée me soulageais d’un poids profond… et quand j’en ai eu assez, je me suis assis par terre, vidé, mais comme infiniment soulagé, la tête vide, dodelinant au gré du vent.

Lorsque j’ai repris la route, ce vent me sembla moins fort, le sable de la piste moins meuble… plus rien ne semblait plus m’accabler. Et les kilomètres ont pu défouler plus rapidement. Tout au long de la journée, je cherchais le chien du regard et me surprenais même à m’inquiéter lorsqu’il restait longtemps invisible.

Les jours ont passé ainsi, et j’ai fini par trouver une ferme. Un gaucho super sympa. J’y suis resté plusieurs jours, ils m’ont accueilli les bras ouverts, j’ai ronflé comme un loir, et après quelques jours, nous avons mis le vélo et mes bagages à l’arrière du pick-up, ils m’ont mené un peu plus loin, et j’ai pu continuer ma route sans problème.

Chose surprenante : dès le moment où je suis arrivé à cette ferme, je n’ai plus vu le chien. J’ai surveillé, regardé autour régulièrement au cours des journées… et j’ai alors demandé à mon hôte s’il en avait vu un. Il n’en avait pas vu. Et bizarrement, il semblait douter au fond qu’il soit bien probable de rencontrer un chien ainsi au milieu de nulle part… je n’ai pas insisté, mais, au moment de monter dans le pick-up, j’ai longuement regardé autour de moi...’


Nouvelle pause, nouvelles bouchées. Nous attendons, sagement, même pas perturbés par l’écran qui nous surplombe toujours…


La serviette passe sur ses lèvres.


‘Aujourd’hui encore, je me demande si ce chien a bien existé… mais cela m’a en tout cas appris quelque chose de très important :

'il n’y a pas plus de danger dehors qu’il n’y en a en soi’
 

L’aphorisme tourne et retourne dans nos têtes, profitant d’un nouveau temps de pause…


‘Qui était le plus dangereux ? Le chien qui voulait jouer à la baballe ou celui qui lui jetait des pierres ? Et quand bien même… qu’y a-t-il de plus dangereux : un chien menaçant ou un homme qui préfère ignorer sa conscience et s’obstiner dans une voie qu’il sait pourtant sans issue ? Et, si on creuse au fond de tout cela… si on réfléchit vraiment au fait que je me sois mis à ce point en danger… ‘malgré moi’… qu’y a-t-il au fond de plus dangereux que soi ?’

‘Réel ou pas, quelque part, ce chien m’a sauvé. Et, à pourtant passé quarante ans, je me suis mis à voir la vie tout autrement. Une phrase du Dalaï-Lama m’est alors revenue en tête : ‘le bonheur est une chose trop précieuse pour être confiée à quelqu’un d’autre’. Et j’ai compris qu’il en allait de même avec le malheur… on ne saurait tenir la terre entière responsable de ses propres malheurs lorsqu’on en est soi-même le premier manœuvre…’


‘Mais alors, puisque tu parles de bonheur, comment t’y es-tu attelé ? S’il ne peut être confié à autrui, par quel bout commencer ?’

Reiner sourit.

‘Par soi-même… refaire la paix avec soi-même, et s’écouter. Faire un sérieux inventaire de tout ce qui nous habite et qui n’est pas ‘nous’… toutes ces images du bonheur qui nous tombent dessus de toutes parts et qui, inconsciemment, nous mènent sur de faux chemins. Faire le vide, et reprendre sur des bases plus saines.’

‘Et concrètement, que fais-tu à présent ?
-       Le cirque !’

Nous regardons ce bonhomme de passé cinquante ans qui se marre à voir nos visages incrédules…

‘Le cirque ?!’
-       Oui ! Le cirque : je fais tourner des assiettes, je jongle, je fais du monocycle… là aussi, il a fallu que je balance quelques idées tout à fait idiotes comme celle selon laquelle on ne serait plus bon à rien apprendre au-delà d’un certain âge… balivernes ! Il y a tant de choses à apprendre, à découvrir… dès que je suis revenu de voyage, on s’est lancé un défi avec un collègue, et puis on s’est mis à faire du monocycle : des fous ! On s’y mettait 2 heures par jour, on en faisait à la maison, dans le salon et on comparait nos progressions ! Et puis on a monté un petit club, et puis on a même fini par monter un spectacle… de fil en aiguille, on a appris d’autres choses, à faire tourner des assiettes par exemple…
-        Et à présent, tu voyages différemment ? Apparemment, tu voyages toujours seul…
-       Oui, mais je ne voyage plus pour fuir… et à présent, pendant ces longues heures de pédalage solitaires, j’éprouve même une certaine joie à me retrouver…………….

… et, si je garde toujours une pierre dans la poche de mon maillot, c’est à présent pour pouvoir inviter un éventuel compagnon de jeu……..’


mardi 4 septembre 2012

Un peu de naïveté...

Tandis que nous rebroussons chemin vers Vilnius, nous croisons un petit bonhomme en bord de route, genou ensanglanté, penché sur son vélo, posé parterre dans une drôle de position.

L’approchant doucement pour lui apporter éventuellement notre aide, le petit bonhomme tourne sa tête vers nous, nous lançant un regard méchant.

Ses larmes ont tracé des sillons clairs sur ses joues poussiéreuses.

Respectant sa mise en garde, Marie reste en retrait avec le tandem, tandis que je l’approche doucement, pas à pas.

Le bonhomme débite quelque mots, secoue la tête, m’invitant à ne pas aller plus loin et se repenche sur son biclou récalcitrant.

Je m’accroupis, restant à deux pas de lui.

Le problème semble se situer au niveau du dérailleur. La patte des galets est tordue, la chaîne est bloquée.

Il tire en tous sens, mais rien n’y fait bien sûr…

Je lui montre, du doigt, vers le dérailleur… avec quelques mots, doucement.

Il continue, me regardant par à-coups avec méfiance, sans plus de succès.

Je lui montre alors la chaîne, lui faisant quelques gestes avec les mains, dessinant un rond, un triangle et quelques mots… ses sourcils se relèvent petit à petit.

J’ose un nouveau pas, en canard, doucement… indiquant toujours du doigt le dérailleur. Puis un autre, et me voici à côté de lui.

Il tire sur la chaîne, mains noires tendues vers le pédalier avec de petits grognements… mais toujours sans plus de succès. J’ose enfin toucher son vélo, et tirer sur la patte du dérailleur : je lui donne un peu de mou… il comprend enfin où se situe le problème.

Il tire à présent au bon endroit, mais c’est bien bien coincé… Il me regarde enfin et me montre l’endroit où la chaîne est bloquée. Je lui montre à mon tour, l’interrogeant du regard : il semble d’accord pour que j’essaye. Je saisis la chaîne, il se pousse un peu. Je lui montre où poser ses doigts pour m’aider : il s’exécute, hochant la tête d’un air grave… enfin, j’ose poser la main sur la sienne et lui montrer où il faut tenir et tirer.

Il remet son vélo debout, je lui pose la main sur le guidon, appuyant bien dessus pour lui faire comprendre tout en le regardant bien dans les yeux : il faut qu’il tienne le vélo pendant que je m’occupe de la chaîne. Il fait oui de la tête.

Je peux enfin m’occuper du problème… la patte est bien tordue. Elle a dû se prendre dans la roue. Je la détords, réengage la chaîne sur les galets, sur le pédalier, lève la roue arrière et fait un tour de pédale : voilà, c’est reparti.

Je ne comprends pas un mot de ce que dit le bonhomme, mais son air grave d’adulte a disparu : je lui souris, le voici redevenu bonhomme…

Je fais un nœud avec son câble de vitesse rompu, je me relève enfin, lui donne un petite tape sur l’épaule, et le regarde déjà partir, debout sur ses pédales.


Nettoyage de main, un petit coup de gourde, et nous repartons à notre tour.
A peine sommes-nous repartis que nous entendons derrière nous des cris.

Sautillant toujours sur ses pédales, revoici notre petit bonhomme, de retour avec un copain, pour faire la course avec nous… nous jouons du klaxon, faisons semblant de pédaler à fond, dans les cris et les rires, puis au bout de quelques minutes, le moment de nous quitter pour de bon est venu : nos poursuivants ont mis pied à terre, nous leur faisons signe de la main tandis qu’ils nous suivent du regard, essouflés et souriants, criant des mots que nous ne comprenons toujours pas… mais c’est si peu important.


Peut-être dans dix ans se souviendra-t-il qu’un drôle de bonhomme sur un drôle de vélo lui a réparé son vélo… et que ce drôle de bonhomme avait avec lui un drapeau.

Un drapeau bleu avec des étoiles…


Et nous nous mettons alors à rêver…


Si seulement un ‘projet européen’ pouvait susciter un sentiment semblable chez tous les citoyens de l’Union…


lundi 3 septembre 2012

Devinette n°10 : drapeaux européens

Puisque nous nous trouvons actuellement au 'centre de l'Europe', l'occasion est trop belle de faire preuve d'un brin de malice et de vous inviter à tester vos connaissances sur les drapeaux européens...

Voici ci-dessous les bannières des 27 pays membres de l'Union : combien en reconnaîtrez-vous ? :-)



(Vous devriez au moins reconnaître à présent les drapeaux polonais et lituaniens ! Quant aux drapeaux lettoniens et estoniens, nous pourrons nous montrer plus indulgents... pour l'instant !)

Réponse devinette n°9

Nous avions laissé depuis un moment déjà une devinette sans sa réponse : il s'agissait de reconnaître à quel conte l'oeuvre ci-dessous faisait référence.


Un crochet, un réveil et son tic-tac, un crocodile... cela ne vous rappelle rien ? ;-)

La réponse en image !