lundi 22 août 2011

A la découverte de Gdańsk

Gdańsk est une ville vivante.

Une fois n'est pas coutume, nous en découvrons le charme à pied. Le tandem est resté pour se reposer avec les pantoufles des femmes de chambre de l’hôtel, avec la machine à café, les piles de cintres, les paquets de rouleaux de papier et de bonbons.

La ville s'égoutte au petit matin, sous un ciel mi figue mi raisin, mais sous lequel il fait bon flâner.



La vieille ville est d'ailleurs déjà très peuplée. Gdańsk est touristique.

Des groupes patientent aux alentours de la fontaine de la place du marché, attendant leur tour pour venir prendre la pose au pied de l'homme au trident et immortaliser leur séjour au cœur de la perle de la Baltique. Une femme assise sur une chaise un peu en retrait tient un petit ventilateur qui expulse des bulles de savon. Elles s'envolent, petites images multicolores et grossissantes des poseurs, charmés par ailleurs qu'un peu de magie enfantine vienne magnifier le cliché.



Une petite vieille un peu plus loin fouille le fond de son sac plastique. Il reste encore quelques miettes pour la nuée de pigeons qui fourmillent à ses pieds. Un homme semble lui faire part de ses remontrances, pendant que son fils s'amuse à courir au milieu des volatiles dans de joyeux petits cris. Un autre bambin court d'ailleurs également dans de petits cris près de la fontaine : avec sa jeune copine, ils chassent les bulles éphémères en frappant des mains. 



Un clochard assis à l'ombre les regarde et semble s'en amuser. Des petits yeux pétillants au dessus d'une barbe bien fournie, ce petit homme en guenilles ne semble lui non plus pas rater une miette de tout ce petit spectacle de vie.

Une jeune fille passe, presque au pas de course, étui de violoncelle sur le dos. Il est d'ailleurs presque aussi grand qu'elle et ne semble pas lui faciliter la tache. A quelques pas d'elle, un gars en espadrille a opté pour la guitare et la rue. Assis sur le pavé, casquette présentée devant ses genoux, il s'égosille au fil des accords, poussant la voix jusqu'à devenir rouge, tendons du cou tendus à rompre. Pour reprendre son souffle, il en grille une petite entre deux chansons. En face de lui, Toutankhamon reste imperturbable. Drapé d'or, regard relevé d'un trait noir, il semble même insensible aux piécettes qui tombent à ses pieds. Toutankhamon a aussi sa casquette.

Drapée de blanc sous une coiffe noire, une sœur traverse la place. Ses petits orteils apparaissent alternativement à droite et à gauche du bas de sa robe, tous reliés en bout d'une petite lanière de cuir. Détail inhabituel : un sac à main (bien que noir) est calé sous son bras droit, et un petit sac de magasin de mode se balance au bout de sa main gauche.

Dans les rues adjacentes, les pavés sont tout aussi courus. Les petits cafés sont nombreux, tout comme les étals de bijouteries où sont pendus chouchous, colliers et petits pendentifs. La composante féminine de groupes de touristes en retraite se penche par dessus, par petits groupes, en poussant de petits roucoulements, tandis que la partie restante patiente en râlant derrière lunettes de soleil et casquette.


Sur les marches d'un perron, de jeunes filles crayonnent, reproduisant de la mine l'architecture des bâtiments de la rue. Elles rougissent. Un vieil homme les observe depuis un moment et n'y a plus tenu : il leur a adressé la parole, peut-être même a-t-il formulé le souhait de contempler leur crayonnage... des petits visages se cachent partout. Sous les fenêtres, sur les chéneaux, aux coins des gardes-fou des escaliers de pierre, au dessus des vitrines... Gdansk est une dame très ancienne.


Sur les quais, des airs slaves renaissent du bout d'une clarinette, portés par l'indispensable accordéon. Nombre de femmes au ventre rond déambulent sur la promenade. Une caravelle glisse sur les eaux de la Vistule, dans un ronron caractéristique... d'un moteur au fuel. Contraste des époques.


Sur l'autre rive, une armée de petits gilets fluorescents et de balayettes s'affairent sur un petit périmètre quadrillé. Les vestiges d'un port très ancien sont mis à jour. De quoi alimenter encore l'un des nombreux musées de la ville.

Au cœur des vieilles halles, les fondations du vieux marché ont également été mises à jour et s'offrent derrière une paroi de verre à la vue des acheteurs potentiels de bas, d'escarpins ou de costumes deux pièces. Les fruits et légumes se sont réunis à l'extérieur, en de jolies piles multicolores devant les briques des halles. Sourire aux lèvres, des petites files de femmes entre soixante et soixante-dix ans patientent devant la balance, petit sachet à la main.


Une pomme pèse un demi kilo, un framboise fait cinq centimètres et les piles trop hautes glissent en mêlant leurs couleurs éclatantes... profusion et tailles exubérantes, de nouvelles catharsis qui feraient presque oublier un temps que les moins de vingt ans... bref, vous connaissez la chanson.

Gdansk ne regarde pas derrière elle.

De larges banderoles nous rappellent d'ailleurs que la prochaine Coupe d'Europe de football aura lieu ici. A Gdansk, et plus généralement en Pologne (mais aussi en Ukraine). Une autre affiche soutient par ailleurs la candidature de Lublin pour devenir la capitale de la culture européenne en 2016.




L'Europe est un nouvel élan, un nouveau projet. Des petits panneaux à son effigie sont omniprésents. L'idée de frontière appartient désormais au passé. A l'affiche du cinéma, deux films le rappellent d'ailleurs, chacun à sa manière...


 

 

Pour autant, Gdansk n'oublie pas... mais pour cela, il faut s'écarter et sortir de la foule.

Rejoindre les quartiers périphériques, l'ombre des érables qui bordent le vieux cimetière Strabrzysko, le silence métallique du vieux port que nous découvrions hier soir, ou encore remonter le Drogi do Wolności (chemin de la liberté) aux abords du chantier naval.

Au cœur de Notre Dame, la voix douce du guide rappelle toutefois au groupe de touristes allemands les chiffres des temps sombres. La destruction de la ville, sa reconstruction, et de nouvelles révoltes, le sang encore versé... une chanson qu'il nous semble malheureusement avoir toujours entendue, où que que ce soit.



Devant l'autel, les groupes scolaires adolescents défilent. Pour être en équilibre dans le présent, il faut effectivement un pied dans l'avenir (peut-être posé sur le ballon de l'Euro 2012 ou le centre de  Lublin en 2016...), et un pied dans le passé... 

C'est à chaque fois une surprise de les voir s'incliner.

A quelques rues de là, les locaux de la presse. Neuf clichés placardés en vitrine, coiffés de trois arches, revisitent pour nous l'histoire de ces trente dernières années.



L'histoire des hommes, si répétitive dans ses errances semble parfois bien monotone...

En plein cœur de ces clichés, juste à hauteur d'homme, le visage papal de l'enfant du pays.
Ce n'est évidemment pas un hasard s'il a été placé ici.

Est-ce par pure ferveur ?...

Devant le mémorial du chantier naval, croix de plus de quarante mètres semblant crever le sol tel un magma, nous nous souvenons de ses mots, qui semblent à présent trouver une nouvelle vie, sous ces arches, au cœur des clichés de l'actualité.

Des mots italiens, adressés à tous : 'Non abbiate paura !'...

'N'ayez pas peur'...

...

La peur... un drôle de sujet surlequel nous reviendrons sûrement au cours du voyage.

Mais pour l'instant, nous avons grand faim : il est donc grand temps de rejoindre les quais, ses clarinettes et ses ventres ronds !


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